Une gaîté de fête frémissait dans la lumière et le bruit. Tels étaient donc les inéluctables devoirs qui, tout à l'heure, avaient interrompu M. Ward dans son célèbre dévouement à la cause du progrès?

Tout à coup, un tonnerre d'applaudissements, grossi d'éclats de rire et d'heureuses clameurs d'enfants, roula dans l'enceinte en même temps qu'une symphonie enragée de trompettes et de tambours tombait de l'orchestre.

Un homme, ou plutôt un amas confus de bras, de jambes, de pieds, de mains, de têtes et de rables se démenait, s'entortillait et se dégingandait en d'inconcevables dislocations sur le sable de l'arène.

C'était l'illustre clown, M. Gryp lui-même et lui seul qui faisait ainsi son entrée et prenait, par sa furie d'agilité, l'apparence de toute une légion d'acrobates.

Lorsqu'il se redressa,—risiblement calme dans l'ovation,—on eût dit une ligne droite totalisant les lignes précédemment endettées d'une foule de figures géométriques.

Je reconnus aussitôt, comme bien vous le devinez, l'homme à la bombe, le tribun improvisé de la réunion de dynamite.

Il me discerna, de son côté, parmi le public qu'il enveloppa d'un coup d'oeil circulaire, car il me salua du bout des doigts, puis se cambrant et se contournant, avec une suprême élasticité d'articulations, il amena jusqu'à proximité de son menton les basques de son habit noir; il tordit ses bras en tire-bouchons, glissa ses mains repliées sous la doublure et retira des poches la fameuse bombe-tabatière, qu'il ouvrit, afin de se loger, sans nulle précaution oratoire, une volumineuse pincée de tabac dans le nez.

L'éternuement subséquent remit à leur place les membres de M. Gryp avec une rapidité stupéfiante à tel point que le merveilleux clown, passagèrement invisible, sembla ne daigner reparaître qu'à l'appel délirant des bravos….

Cette fois, M. Ward, le président, ne songea pas à consulter sa montre.

DEUX DÉBUTS