Tordant de sa morsure de perles le bout d'une corde que son bonhomme de père attirait à travers une poulie, elle montait aux cintres dans l'attitude d'une rêverie allant aux nues; saisissant d'une main la barre du trapèze, elle planait, tournoyait, voltigeait, se renversait, plongeait dans le flot dénoué de ses cheveux d'or; puis, repliant une de ses jambes autour d'une corde tendue, elle redescendait en lentes spirales dans des poses éplorées, telle qu'une poésie revenant à regret sur terre….
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Les applaudissements éclataient avec fureur lorsqu'elle partait prodiguant, dans une cabriole d'adieu, une volée de baisers.
On la rappelait, elle revenait et, en manière de remerciement, sautait, à l'anglaise, une gigue folle et correcte sur un rythme échevelé.
Elle fuyait, enfin, sous une pluie de fleurs, dans un ouragan de clameurs enthousiastes.
Sa gloire était assurée désormais.
Conrad, déployant ses grâces les plus parfaites (voir l'Illustrated), s'élançait sur les pas du nouvel astre pour lui débiter quelques fadeurs.
—Tu perds ton temps; ça, c'est du monde honnête; lui dit à l'oreille un splendide écuyer en costume de Spartiate, avec qui Conrad avait lié amitié pour parier aux courses.
Miss Ellen et sa famille, fagotés de houppelandes informes, s'en allèrent aussitôt prendre, au plus proche cabaret, un grog infini que le père accompagna de la fumée d'une pipe culottée magistralement.
Pas plus de cérémonies dans la gloire!