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Le même soir, quelques heures plus tard, vive agitation dans l'un des hôtels les plus aristocratiques du Quartier Saint-James, ce séjour des vieilles familles anglo-normandes à prétentions nobiliaires et politico-budgétivores.

On allait assister à une «entrée dans le monde» exécutée par Mlle Arsénie de Beaumanor, une toute jeune héritière du plus pur héraldisme, disait-on; une fleur de sublimité piquée dans une dot.

C'était un début solennel, chaudement recommandé par la douairière de la maison, attendu que les Beaumanor, grande race, portent de clairs de lune sur fonds perdus.

Dans le salon criblé de marquises et de pairesses, un sourire quasi maternel errait sur toutes les lèvres; les tables de whist étaient moins mornes que d'habitude, et dans le couloir séparant le salon de la salle de jeu se pressait, pépinière à mariage, un bataillon de jeunes gens tout à fait bien.

Il va sans dire que l'indispensable Conrad avait eu le temps d'arriver du cirque, et se tenait (consulter le Graphic) en tête de la cohorte, un bras retombé, l'autre mollement arrondi sur son gibus.

On annonça les Beaumanor. L'extase préparatoire était au comble.

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Arsénie, la soie sur les os, trembla sa première révérence telle qu'un miroitement évanoui de roseau sur l'onde, et se redressa maigreur problème.

L'explication suivait, sous forme de la maman Beaumanor, une fantomale momie à migraine et du non moins Beaumanor père, qui semblait vouloir n'exister que de profil.