Nous tutoyons ici, afin de traduire scrupuleusement le sens intime des paroles de Josuah, car elle s'exprimait dans cette placide langue anglaise où l'on dit toujours «vous,» même en Amérique et même quand l'imagination titube à travers les éblouissements de l'alcool.
—Et maintenant, ma chère, dit Josuah, redevenue grave, je dois vous quitter: il est l'heure de mon indispensable promenade du soir. Daignez dormir le mieux possible, nous recauserons demain; je vous expliquerai bien des choses encore.
Ce disant, Josuah s'enveloppa d'un water-proof de bure sombre et couvrit ses cheveux blonds d'un feutre noir à larges bords, ce qui acheva de donner à son accoutrement un cachet presbytéral.
On devine que mistress Flyburn, exacte comme une éclipse et non plus bruyante que la lune, surgit à la minute même des adieux pour reconduire miss Ellen à son appartement.
VI
Lorsqu'on se retrouva dans la chambre du second étage, miss Ellen, un peu dégrisée, fut curieuse d'apprendre de mistress Flyburn quel était le but des excursions obligées de Josuah.
—Mistress Josuah, fut-il répondu, se rend chaque soir à l'Établissement du gaz, en vue de son prochain ouvrage: l'Influence de l'hydrogène carboné sur le fonctionnement et sur les malaises des organes respiratoires. Ce travail ne s'interrompt que quand mistress Josuah doit assister à la séance mensuelle des dames francs-maçons.
Ayant ainsi parlé correctement, la serviable mistress Flyburn se dissipa.
Miss Ellen, bientôt après, s'endormait sans trop savoir si l'extraordinaire Josuah et son invraisemblable camériste n'étaient pas les fantômes d'un rêve commencé depuis quelques heures déjà.
Mais le lendemain, dès le réveil, elle aperçut dans la chambre, éclatante de pur soleil, mistress Flyburn, charnelle et tangible, apportant sur un incontestable plateau un très réel déjeuner.