La bonne dame expliqua que mistress Josuah n'abandonnait ses diverses occupations et ne se livrait à «la vie de famille» qu'à partir de l'heure du dîner. Miss Ellen était donc libre jusque-là.
Clause excellente!
Quelques instants après, miss Ellen, approvisionnée de dollars, se lançait dans la rue, aspirait l'air matinal et trottinait épanouie et légère, songeant qu'elle était riche et libre.
Les rues de San-Francisco sont toujours droites, comme le plus court chemin d'une affaire à une autre; mais qu'importait cette monotonie à une femme enivrée du plaisir de se posséder elle-même?
Elle erra longtemps, vit tout, ne regarda rien, fit de nombreux achats dans les magasins de nouveautés et reprit, enfin fatiguée, le chemin de la maison, en pensant à Josuah.
La doctoresse, à coup sûr, lui semblait fantasque à l'extrême; mais on était contraint de reconnaître en elle l'ascendant de ceux qui possèdent à la fois l'enthousiasme et la logique de leurs chimères. Ses utopies avaient peut-être du bon et méritaient au moins l'épreuve d'une quinzaine de jours.
—J'étais presque sûre de vous retrouver là, dit miss Ellen, sortant de ses réflexions, à mistress Flyburn, qui lui épargnait encore une fois la peine de sonner à la porte de Josuah.
—Excusez-moi, répondit mistress Flyburn… Les commis chargés de vos emplettes m'ont indiqué votre itinéraire… Vous voyez: de simples conjectures…
Miss Ellen eut l'obligeance de ne pas insister et se rendit dans sa chambre, où ses diverses acquisitions étaient déjà rangées avec méthode.
C'étaient les éléments complets d'une nouvelle toilette et autant de talismans contre l'ennui. Heureuse de se voir jolie et d'être sûre de plaire, ne fût-ce qu'à Josuah, miss Ellen était encore attachée au miroir quand mistress Flyburn vint l'avertir pour le dîner.