VII

Tout se passa comme la veille, mais avec plus d'abandon. La situation paraissait désormais acceptée; on parlait à bâtons rompus; il n'y avait plus de tâtonnements ni de professions de foi. Les coeurs des deux amies allaient au-devant d'une pénétration mutuelle.

L'apparition de mistress Flyburn n'avait pas manqué de se produire à point nommé pour le dessert.

—Ah çà! me direz-vous, demanda miss Ellen lorsque la porte se referma, quel mécanisme fait mouvoir mistress Flyburn avec tant de précision?

—Puisque ce phénomène ne vous a pas échappé, dit Josuah, je dois vous avouer, toute modestie à part, qu'il est le résultat d'une de mes expériences qui me vaudrait la gloire si je pouvais vaincre la jalousie de la corporation. Mistress Flyburn, riche jadis, mais, un jour, subitement ruinée, souffrait, quand je la pris pour servante, d'un mysticisme suraigu.

«Elle attribuait à l'inspiration du péché originel ses moindres pensées, ses plus minimes actions, et vivait dans une continuelle terreur, non seulement des enfers, mais de quelque malheur immédiat infligé par une Providence vengeresse. Alors j'entrepris l'application extérieure de stupéfiants sur le cerveau, de manière à neutraliser les divers lobes où réside la faculté de s'occuper de soi-même, et je ne laissai subsister que les lobes où se forment les notions relatives à autrui.

«La guérison, vous le voyez, dépasse toute espérance. Désormais, la vie morale ne sera plus chez mistress Flyburn qu'un phénomène purement extrinsèque; ses aptitudes d'observation se concentrent en un superlatif de clairvoyance sur les actes et les volontés des autres.

—C'est donc une personne parfaitement heureuse?

—Et une excellente domestique.

—Elle m'a confié que vous êtes d'une franc-maçonnerie de dames; c'est, je suppose, un milieu favorable à vos idées.