Miss Ellen s'apprêtait à faire sur les résultats de la dualité et sur les diverses phases de l'union des intelligences plusieurs questions probablement intéressantes, mais l'heure de l'indispensable promenade à l'Établissement du gaz et de l'inévitable apparition de mistress Flyburn avait sonné.

VIII

Dix jours se passèrent ainsi sans le moindre nuage.

L'éducation de miss Ellen dans la science sociale avançait rapidement; la docile élève raffolait du professeur et de ses leçons.

On ne pouvait imaginer, au reste, une existence mieux réglée, des conversations plus instructives, une intimité plus délicate et une liberté plus parfaite… Jamais mistress Josuah n'avait trahi la moindre curiosité touchant les longues promenades que miss Ellen s'accordait tous les jours, et même certains soirs, pendant le cours des observations sur l'action morbide ou curative de l'hydrogène.

En surplus de ce bonheur, on avait d'agréables divertissements en perspective, notamment la prochaine initiation à la franc-maçonnerie.

Mais un soir, celui du second samedi, le programme s'enrichit d'un plaisir inattendu.

Le samowar ne bouillait pas comme d'habitude. Mistress Flyburn, sans avertissement préalable, avait pris d'autres dispositions. Un cordon de tasses bordait la table; le milieu était occupé par une immense théière entourée de fioles à liqueur, de cruchons de bière, de boîtes de cigares, de pots à tabac et autres accessoires d'un raout américain au présent siècle.

—Nous avons des réceptions mensuelles, expliqua mistress Brog-Hill: je vois à votre air que j'avais oublié de vous avertir.

—Vos soeurs en franc-maçonnerie sont des gaillardes, paraît-il, insinua miss Ellen en désignant du doigt les tabacs et les pipes.