—Détrompez-vous, répondit Josuah: nos soirées sont uniquement organisées en l'honneur du sexe fort.
Cette circonstance si contraire au train habituel de la maison méritait des éclaircissements. Josuah démontra que, pour se fortifier dans la résolution de renoncer aux hommes, il convenait de les voir de temps en temps de près.
—N'est-ce pas un danger, au contraire? demanda miss Ellen.
—Vous en jugerez tout à l'heure. Écoutez seulement, et regardez.
—Mais n'est-il donc pas certains hommes qui acceptent nos théories et deviennent ainsi nos alliés?
—Horreur! ma chère, s'écria la doctoresse avec l'accent de la plus vive répulsion, ceux-là sont les plus détestables. Trop faibles pour agir sur leurs pareils, ils tentent de jouer près de nous, et malgré nous, le rôle larmoyant d'apôtres. Sous prétexte de défendre nos intérêts, ils nous proposent je ne sais quel régime semi-platonique qui n'est qu'une lâche reculade devant la réalité. Laissons là ces enjôleurs et n'en parlons plus!
Ce cruel coup de boutoir amusa miss Ellen, mais éveilla dans son esprit quelques respectueuses velléités de résistance:
—Il faut pourtant, insista-t-elle, procréer dans ce monde, si l'on veut qu'il dure.
—Quoi de plus simple? répondit mistress Brog-Hill. Attendons que les désirs de maternité nous entraînent; c'est la seule excuse de ce qu'on appelle l'amour. Acceptons, alors, l'«intérim» d'un homme réunissant, hélas! à peu près les qualités physiques et morales que nous aimerions à retrouver dans notre enfant; l'être qui naîtra par la suite sera, relativement, capable et digne à la fois de vivre longtemps.
—Et, qui l'élèvera? le père, ou la mère?