Olivia restait seule debout, anéantie d'horreur, entre ces deux agonisants que tordaient les convulsions dernières.

Alors un cri strident partit de la loge de lady Warner!

Enfin! elle avait donc aussi quelque flamme de passion au coeur, cette rigide poupée d'Albion, jusqu'alors guindée dans sa rancune hautaine!

Plus souple qu'une nuée dans son flot de dentelle, elle fut d'une volée au milieu, de la scène, pointant sur le sein de sa rivale un poignard que miss Olivia, de sa main robuste, l'empêchait d'abaisser.

Ces fougueux événements s'accumulaient plus rapides que l'éclair; on regardait oppressés, cloués par le vertige. La crainte d'un autre meurtre, pourtant, délia les langues: on appelait à l'aide; une bousculade se ruait au secours de ces femmes écumantes de haine, de ces hommes que le râle étouffait.

Le désordre tourbillonnait en un crescendo furieux.

Mais quel soupçon, quel étrange soupçon, tout à coup, dans l'immense ahurissement!

Pourquoi les musiciens, penchés sur leurs pupitres, insouciants de ce qui se passe au-dessus de leur tête, prolongent-ils le raclement funeste de leur trémolo?

Non! l'on n'eut le temps de rien suspecter ni de rien prévoir; tout, ici, s'accomplissait avec la folle promptitude de la foudre et déjà de la noire situation surgissait à toute vitesse une pantalonnade furibonde.

Les blanches toilettes de lady Warner et d'Olivia s'étaient évanouies dans les dessous comme en une férie. On ne vit plus que deux riantes ballerines, au torse voluptueux dans le tulle transparent pailleté d'or, aux jambes parfaites, hardiment dessinées par le maillot de soie rose.