Dans le même instant, Warner et Kellog, sous prétexte de frétillements macabres, sortaient en quelques cabrioles de leurs habits de cérémonie et, cadençant des gestes symétriques, ils lançaient aux frises la blonde tignasse d'archange, la sombre coiffe de docteur que remplaçaient de hautes perruques écarlates, ils apparaissaient disloqués et tortueux, dans l'accoutrement bariolé de bateleurs prêts à la parade.

Et choyés d'acclamations en délire, sur le galop final sonné par l'orchestre à grands renforts de cuivres et de tambours, les quatre clowns, tout à l'heure tragédiens hors ligne, se déhanchèrent en une gigue épileptique, en une bondissante pantomime où les précédentes scènes d'incantations, d'effusion, de séduction, d'exaltation, sautaient sur le mode grotesque; fantoches désordonnés, énergumènes radieux, ils s'enfuirent enfin dans l'ouragan d'une ovation sans exemple dont les transports continuèrent longtemps encore après la chute du rideau.

Cet incomparable impromptu tint l'affiche pendant cent représentations avec d'autant plus de succès que les excellents artistes, maîtres de leur métier, alternaient avec un égal talent dans leurs rôles respectifs.

Lord Warner savait être, quand il lui plaisait, le plus sarcastique des distributeurs de fluide; Kellog, à son tour, ennoblissait de sauvage poésie les affres d'un amour impossible, miss Olivia prêtait une rare dignité de reine au type de l'épouse outragée et lady Warner se montrait, sans contredit, la possédée la plus plastique des temps actuels.

Le bruit court que le magnétisme américain ne se relèvera pas de cette facétie.

L'INEXORABLE MONOTONIE

Dès l'âge le plus tendre, Jonathan Bridge—ne s'étonner de rien quand il s'agit de cerveaux yankees—s'était passionné pour la science, et, certain jour, il crut avoir fait une découverte.

Il imagina que le courant électrique et les forces qui l'accompagnent n'avaient d'autre cause qu'un changement brusque opéré par le frottement, ou l'action chimique, dans la direction naturelle des molécules dont se compose le corps électrisé.

En d'autres termes—car on ne saurait être trop clair en de tels sujets, et, de plus, le présent récit touchant à des questions essentiellement conjugales, il est nécessaire d'éviter l'accusation d'obscurité que d'honorables lectrices, peut-être, formuleraient,—en d'autres termes, donc, Jonathan supposa que les phénomènes de l'électricité proviennent de la rapidité instantanée avec laquelle les molécules, dérangées par l'opération, reprennent leur place première.

La suite de l'histoire, on ose l'espérer, dissipera ce qui resterait encore de diffus sur ce point, maintenant réduit à sa plus simple expression.