Gautier ne recule pas dans sa mosaïque de mots. Considérant, son âme, ange elle-même, il convoite une âme

Capable d'aimer comme aimerait un ange.

Il développe sa pensée sur le plaisir:

Poignante volupté,—plaisir qui fait peut-être

L'homme l'égal de Dieu! qui ne veut vous connaître

S'il ne vous a connus, moments délicieux,

Et si longs et si courts qui valent une vie,

Et que voudrait payer l'ange qui les envie

De son éternité de bonheur dans les cieux?

Il laisse les démons, les mauvais anges assez tranquilles. Toutefois il pense à l'ange déchu, à l'ange, exilé des cieux. Il aime l'ange gardien comme compagnon fidèle, maintes fois il se réclame de son ange gardien. La classe des anges une fois reconnue, il s'élève jusqu'aux séraphins, distingue les chérubins en légions merveilles, ne prend point l'archange saint Michel pour l'ange Ituriel, et sépare les chérubins d'avec les anges. Il connaît si bien les anges du ciel qu'il peut en faire un dénombrement aussi authentique que celui des douze tribus d'Israël, laissé par Moïse. Il cultive l'ange de la mort, l'ange de minuit, l'ange de la douleur, l'ange des douleurs, l'ange des jugements, l'ange du souvenir, l'ange de la poésie et surtout l'ange de l'inspiration. Suivant leur rang, il prodigue les ailes d'or, les ailes jaunes, les ailes d'azur, les ailes roses, les ailes blanches. S'imaginant l'ange amoureux, il regarde la fille comme un ange d'amour, appelle la jeune fille un jeune ange et dit cher ange pour chère fille. Le mot lui sert de paravent à l'adultère ou à la fornication pour cette Fatuité: