Se chauffer au soleil à côté de l'aïeul,
Et du jeune et du vieux, à coup sûr, le plus seul,
Le moins accompagné sur la route du monde,
Hélas! c'est le jeune homme à tête brune ou blonde,
Et non pas le vieillard sur qui l'âge a neigé.
On a tout accompli dans les règles. On a eu soin préalablement de faire une retraite dans les ténèbres. On lègue âme et corps à l'oubli, au néant, mais à un néant qui éternise les remords. On commande un convoi muet, comme ceux des athées, c'est l'enterrement civil que Sainte-Beuve a désiré de bonne heure et qu'il a spécifié dans tous ses testaments; c'est l'enterrement civil que recommande Dargaud pour faire contraste avec sa traduction de Job et du Psautier et ses liaisons avec Lamartine. On établit exécuteurs testamentaires le Destin et la Nécessité pour trancher toutes les difficultés auxquelles donneront lieu les innombrables contradictions de cet enfant de Mère Nature. Ils s'arrangeront à l'amiable; ils ont plein pouvoir. En s'associant avec les saints désespérés, ils interviendront pour les morts qui seront bannis de la terre et des cieux, prendront à partie l'Ange qui dit à la terre un éternel adieu au moment où elle va être consumée pour toujours. Ils devront pousser l'Archange à la bouche ronde, afin qu'il ne perde pas une minute à sonner le clairon du jugement dernier qu'on attend avec impatience, à la fin de la Thébaïde, comme un beau tableau qui vaudra mieux que la fresque de la Chapelle Sixtine au Vatican.
[X]
L'annonce d'un convoi d'athée aurait seule suffi pour être méprisé et exécré des femmes, puisque ce gouffre leur enlève le Toujours. Elles admettent difficilement le matérialisme et sa dernière conséquence du néant; elles croient si bien à l'immortalité que beaucoup se demandent pourquoi il n'y a point de paradis pour les chiens, les chats, les oiseaux et les bêtes dont elles sont folles. Elles se font un culte des tombeaux. Il faut les connaître bien peu pour ne pas s'apercevoir combien elles se plaisent dans l'ostentation des larmes. Habituellement elles ne se trouvent pas mal; toutefois, elles s'imaginent qu'elles sont mieux, qu'elles deviennent parfaites, quand elles pleurent beaucoup. Elles aiment à aimer toujours; elles aiment autant à pleurer toujours, à paraître des fontaines de larmes. Est-ce que le néant pourrait leur rendre leurs larmes?
Puis, les femmes n'ont-elles pas assez d'ennuis personnels, sans avoir besoin qu'on leur dédie la théorie de la pratique de l'ennui?
Puis encore, les femmes n'ont-elles pas assez de leurs indispositions périodiques, des maladies plus ou moins graves qui les accablent au moins la moitié de leur vie, sans qu'on ait la barbarie de leur demander de servir de garde-malade à tous les malades imaginaires, pleins de santé, et dans tout l'épanouissement de la jeunesse?