Ce que Bossuet a écrit de plus original, de plus hardi, de plus étonnant, ce sont ses Méditations sur la Cène; les romantiques qui aiment tant la difficulté vaincue, n'ont rien produit de comparable à la dix-huitième et à la vingt-quatrième, comme tour de force dans notre langue.

Se souvient-on des négations de Spinosa qui n'aimait que les mouches et les araignées, quand on voit les tableaux que la Messe, la Fête-Dieu, la Communion ont inspirés à Chateaubriand? Osera-t-on comparer aux taquineries de Bayle qui n'a jamais aimé que les marionnettes, ce Traité sur les sacrifices que Joseph de Maistre composa pour développer et justifier la page consacrée à la Communion dans les Soirées de Saint-Pétersbourg?

Après l'Essai sur l'Indifférence en matière de Religion par l'abbé de Lamennais, l'ouvrage le plus remarquable que notre siècle doive à un prêtre, ce sont les Considérations sur le dogme générateur de la piété catholique par l'abbé Gerbet, mort évêque de Perpignan. Au commencement de l'empire, Sainte-Beuve en a rendu compte et ne lui a reproché que le défaut d'être trop court. L'auteur n'aurait rien laissé à désirer, s'il avait mieux connu l'Histoire ecclésiastique.

Dans une station à Dijon, sous la République, le R. P. Lacordaire prêchait sur l'Eucharistie; il devint si éblouissant, si pathétique qu'un général transporté d'admiration, se leva subitement et s'écria: «F..... que c'est beau!» Personne ne se scandalisa parce que cette exaltation exprimait le sentiment de tout l'auditoire ravi, comme un seul homme, jusqu'aux lèvres du prêtre.

Napoléon a été enivré de toutes les jouissances humaines; il avoua, un jour, à ses maréchaux éblouis de sa gloire, que c'était le jour de sa première communion qu'il regardait comme le plus beau de sa vie. A Sainte-Hélène, il s'humilia sous les verges du Dieu des Armées, confessa ses fautes et mourut muni des sacrements de l'Église, en désirant que ses restes fussent un jour portés dans l'Église des Invalides.

Sous la Commune, la première communion se fit à Paris, comme d'habitude, mais avec moins de pompe. On a nommé dans le temps les chefs de la Commune qui ont assisté, vivement émus, à la première communion de leurs enfants. Il y a eu des Églises qui n'ont pas été profanées, comme on s'y attendait, parce qu'elles ont eu pour protecteurs de ces pères dont les enfants venaient d'y faire la première communion.

Le plus auguste des sacrements est devenu pour les romantiques le plus habituel sujet de profanations. Depuis Michelet jusqu'au romancier, le mot de communion est étendu à tout; c'est la famille, c'est le mariage, c'est le concubinage, c'est le viol, c'est même une cohue.

Sainte-Beuve a consacré une partie de sa vie à étudier l'histoire de Port-Royal, il n'a pas hésité à scruter les mystères de la théologie que les docteurs de l'Eglise n'ont abordés qu'en tremblant. Aussi lui est-il arrivé de laisser pour définitions des images qui font la risée des théologiens et des écrivains aussi bien chez les protestants que chez les catholiques. Il n'a pas même compris le sens des mots latins les plus simples, les plus clairs pour quiconque se donne la peine d'ouvrir un dictionnaire latin-français.

Feu M. Hector de Saint-Maur a publié en 1865, chez Douniol, libraire du Correspondant, une traduction en vers du Psautier, qui a eu tout le succès qu'elle mérite. Il s'agit de rendre le cinquième verset du quatrième Psaume qui se chante aux Complies du Dimanche: Irascimini et nolite peccare. La pensée de David n'inspire que ce vers:

Blasphémez et criez, oui,—mais ne péchez plus.