C’était entendu: il ne devait pas y avoir de corps à corps; on devait seulement approcher à bonne portée de l’ennemi qui serait sans doute ébahi de cette attaque, lancer dans ses rangs une grêle de moellons et battre en retraite immédiatement pour éviter la riposte qui serait sûrement dangereuse.
Espacés de quatre ou cinq pas en tirailleurs, Camus en avant, tous se précipitèrent et, en effet, le feu de l’ennemi cessa un instant devant ce coup d’audace. Il fallait en profiter. Camus saisissant son cuir de fronde prit la ligne de mire et visa l’Aztec des Gués, tandis que ses hommes, faisant tournoyer leurs bras, criblaient de cailloux la section ennemie.
—Filons! maintenant, cria Camus, en voyant la bande de l’Aztec se ramasser pour l’élan.
Une volée de pierres leur arriva sur les talons pendant que d’effroyables cris, poussés par les Velrans, leur apprenaient qu’ils étaient poursuivis à leur tour.
L’Aztec, ayant vu qu’ils n’étaient plus dévêtus, avait jugé inutile et stérile une plus longue défensive.
Camus, entendant ce vacarme et se fiant à ses jambes agiles, se retourna pour voir «comme ça en allait»; mais le général ennemi avait avec lui ses meilleurs coureurs, Camus était déjà un peu en retard sur les autres, il fallait filer et sec s’il ne voulait pas être pincé. Ses boutons, il le savait, non moins que sa fronde, étaient rudement convoités par la bande de l’Aztec, qui l’avait raté le soir de Lebrac.
Aussi voulut-il jouer des jambes.
—Malheur! un caillou lancé terriblement, un caillou de Touegueule, bien sûr! ah le salop! vint lui choquer violemment la poitrine, l’ébranla, et l’arrêta un instant. Les autres allaient lui tomber dessus.
—Ah! nom de Dieu! Foutu!
Et Camus, en moins de temps qu’il ne faut pour le dire et pour l’écrire, porta d’un geste désespéré sa main à sa poitrine et tomba en arrière, sans souffle et la tête inerte.