Son arrivée fut saluée par le passage d’un caillou qui lui frisa le front et lui fit baisser le crâne; il se retourna simplement pour indiquer aux autres, par un petit hochement de tête, que l’action était commencée. Aussitôt ses soldats s’écampillèrent et il les laissa se placer à leur convenance, chacun à son poste habituel, assuré qu’il était que leur flair guerroyeur ne serait pas ce soir-là mis en défaut.

Quand Camus fut juché sur son arbre, il exposa la situation.

Ils y étaient tous à leur lisière, les Velrans, du plus grand au plus petit, de Touegueule le grimpeur à Migue la Lune l’exécuté.

—Tant mieux! conclut Lebrac, ce sera au moins une belle bataille.

Pendant un quart d’heure le flot coutumier d’injures flua et reflua entre les deux camps, mais les Velrans ne bougeaient pas, croyant peut-être que leurs ennemis nus pousseraient encore, comme l’avant-veille, une charge ce soir-là. Aussi les attendaient-ils de pied ferme, bien amunitionnés qu’ils étaient par un service récemment organisé de galopins charriant continuellement et à pleins mouchoirs des picotins de cailloux qu’ils allaient quérir aux roches du milieu du bois et venaient verser à la lisière.

Les Longevernes ne les voyaient que par intermittences derrière leur mur et derrière leurs arbres.

Cela ne faisait guère l’affaire de Lebrac qui eût voulu les attirer tous un peu en plaine, afin de diminuer la distance à parcourir pour les atteindre.

Voyant qu’ils ne se décidaient pas vite, il résolut de prendre l’offensive avec la moitié de sa troupe.

Camus, consulté, descendit et déclara que, pour cette affaire-là, c’était lui que ça regardait. Tintin, par derrière, se mangeait les sangs à les voir ainsi se trémousser et s’agiter.

Camus ne perdit point de temps. La fronde à la main, il fit prendre quatre cailloux, pas plus, à chacun de ses vingt soldats, et commanda la charge.