—Oui, fit l’autre, pourquoi?

—Donne-m’en une, reprit l’Aztec.

Et, ayant frotté le phosphore contre une pierre, après avoir réuni en une sorte de petit bûcher expiatoire la blouse et la chemise, témoins de sa défaite et de sa honte et sujets d’inquiétude pour l’avenir, il y mit le feu sans hésitations afin d’effacer à tout jamais le souvenir de ce jour néfaste et maudit.

—Je m’arrangerai pour ne pas avoir besoin de changer de pantalon, répondit-il à l’interrogation de Touegueule. Et jamais ma mère n’aura l’idée de croire qu’il est foutu. Elle pensera plutôt qu’il traîne quelque part, derrière un meuble, avec ma blouse et ma chemise.

Ainsi, tranquilles tous deux et rassurés, l’énigme cruelle étant déchiffrée et le chenilleux problème résolu, ils attendirent le premier coup de l’angelus pour se mêler aux camarades sortant de la prière qui furent tout surpris de les rencontrer en tenue et ils rentrèrent chez eux comme s’ils en étaient venus eux aussi.

Si le curé n’avait rien vu, le tour était joué. Il l’était.

Pendant ce temps une autre scène se déroulait à Longeverne.

Arrivé au vieux tilleul, à cinquante pas de la première maison du village, Lebrac fit stopper sa troupe et demanda le silence.

—On va pas traîner cette guenille par les rues, affirma-t-il en désignant de l’œil le pantalon de l’Aztec.

Les gens pourraient bien nous demander où que c’est qu’on l’a eue, et qu’est-ce qu’on leur z’y dirait?