Pardié, ce sacré La Crique, avec sa mémoire de chien, il se l’était rappelée tout de suite. Vingt fois, en effet, ils avaient passé là au cours d’incursions dans le canton en quête de nids de merles, de noisettes mûres, de prunelles gelées ou de guilleris boutons rintris[61].

Les carrières précédentes faisaient comme une espèce de chemin creux qui aboutissait à une sorte de carrefour ou de terre-plein bordé du côté du haut par une bande de bois rejoignant le Teuré, et semé vers le bas de buissons entre lesquels des sentiers de bêtes se rattachaient, en coupant le chemin, aux prés-bois qui se trouvaient derrière le Gros Buisson.

Toute l’armée entra dans la caverne. Elle était, en réalité, peu profonde, mais se trouvait prolongée ou plutôt précédée par un large couloir de roc, de sorte que rien n’était plus facile que d’agrandir son abri naturel en plaçant sur ces deux murs, distants de quelques mètres, un toit de branches et de feuillage. Elle était d’autre part admirablement protégée, entourée de tous côtés, sauf vers l’entrée, d’un épais rideau d’arbres et de buissons.

On rétrécirait l’ouverture en élevant une muraille large et solide avec les belles pierres plates qui abondaient et on serait là-dedans absolument chez soi. Quand le dehors serait fait, on s’occuperait de l’intérieur.

Ici, les instincts bâtisseurs de Lebrac se révélèrent dans toute leur plénitude. Son cerveau concevait, ordonnait, distribuait la besogne avec une admirable sûreté et une irréfutable logique.

—Il faudra, dit-il, ramasser dès ce soir tous les morceaux de planches que l’on trouvera, les lattes, les baudrions[62], les vieux clous, les bouts de fer.

Il chargea l’un des guerriers de trouver un marteau, un autre des tenailles, un troisième un marteau de maçon; lui, apporterait une hachette, Camus une serpe, Tintin un mètre (en pieds et en pouces) et tous, ceci était obligatoire, tous devaient chiper dans la boîte à ferraille de la famille au moins cinq clous chacun, de préférence de forte taille, pour parer immédiatement aux plus pressantes nécessités de construction, savoir entre autres l’édification du toit.

C’était à peu près tout ce qu’on pouvait faire ce soir-là. En fait de matériaux, il fallait surtout de grosses perches et des planches. Or le bois offrait suffisamment de fortes coudres droites et solides qui feraient joliment l’affaire. Pour le reste, Lebrac avait appris à dresser des palissades pour barrer les pâtures, tous savaient tresser des claies et, quant aux pierres, il y en avait, dit-il, en veux-tu, n’en voilà!

—N’oubliez pas les clous surtout, recommanda-t-il!

—On laisse le sac ici? interrogea Tintin.