Des carrières à ciel ouvert exploitées par Pepiot le bancal, Laugu du Moulin, qui s’intitulent enterpreneurs après boire, et quelquefois par Abel le rat, bordent le chemin vers le bas.

Pour les gosses, elles constituent uniquement d’excellents et inépuisables magasins d’approvisionnement.

C’était sur ce terrain fatal, à égale distance des deux villages, que, depuis des années et des années, les générations de Longeverne et de Velrans s’étaient copieusement rossées, fustigées et lapidées, car tous les automnes et tous les hivers ça recommençait.

Les Longevernes[15] s’avançaient habituellement jusqu’au contour, gardant la boucle du chemin, bien que l’autre côté appartînt encore à leur commune et le bois de Velrans aussi, mais comme ce bois était tout près du village ennemi, il servait aux adversaires de camp retranché, de champ de retraite et d’abri sûr en cas de poursuite, ce qui faisait rager Lebrac:

—On a toujours l’air d’être envahi, nom de D...!

Or, il n’y avait pas cinq minutes qu’on avait fini son pain, que Camus le grimpeur, posté en vigie dans les branches du grand chêne, signalait des remuements suspects à la lisière ennemie.

—Quand je vous le disais, constata Lebrac! Calez-vous, hein! qu’ils croient que je suis tout seul! Je m’en vas les houksser[16] kss! kss! attrape! et si des fois ils se lançaient pour me prendre... hop!...

Et Lebrac, sortant de son couvert d’épines, la conversation diplomatique suivante s’engagea dans les formes habituelles:

(Que le lecteur ici ou la lectrice veuille bien me permettre une incidente et un conseil. Le souci de la vérité historique m’oblige à employer un langage qui n’est pas précisément celui des cours ni des salons. Je n’éprouve aucune honte ni aucun scrupule à le restituer, l’exemple de Rabelais, mon maître, m’y autorisant. Toutefois, MM. Fallières ou Bérenger ne pouvant être comparés à François Ier, ni moi à mon illustre modèle, les temps d’ailleurs étant changés, je conseille aux oreilles délicates et aux âmes sensibles de sauter cinq ou six pages. Et j’en reviens à Lebrac:)

—Montre-toi donc, hé grand fendu, cudot, feignant, pourri! Si t’es pas un lâche, montre-la ta sale gueule de peigne-cul! va!