Ce fut vraiment une belle journée.

La Marie, prévenue, était à la cabane. Gambette y conduisit Boulot pour le faire panser. Lui-même prit une casserole et fila dare dare à la source la plus proche puiser de l’eau fraîche pour laver le pif endommagé de son vaillant compaing, tandis que, durant ce temps, les vainqueurs désustentaient leurs prisonniers des objets divers encombrant leurs poches et tranchaient impitoyablement tous les boutons.

Ils y passèrent chacun à son tour. Ce fut Touegueule qui eut les honneurs de la soirée; Camus le soigna particulièrement, n’omit point de lui confisquer sa fronde et l’obligea à rester à cul nu devant tout le monde, jusqu’à la fin de l’exécution.

Les quatre autres, qui n’avaient pas encore été pincés, furent échenillés à leur tour simplement, froidement, sans barbarie inutile.

On avait réservé Migue la Lune pour le dernier, pour la bonne bouche, comme on disait. N’avait-il pas dernièrement porté une griffe sacrilège sur le général après l’avoir fait trébucher traîtreusement! Oui, c’était ce pleurnicheur, ce «jean-grognard», cette «mort aux rats» qui avait osé frapper d’une baguette les fesses d’un guerrier désarmé qu’il était bien incapable de prendre. La réciproque s’imposait. Il serait fessé d’importance. Mais une odeur caractéristique émanait de sa personne, une odeur insupportable, infecte, qui, malgré leur endurance, fit se boucher le nez aux exécuteurs des hautes œuvres de Longeverne.

Ce salaud-là pétait comme un ronsin[68]! Ah! il se permettait de péter!

Migue la Lune balbutiait des syllabes inintelligibles, larmoyant et pleurnichant, la gorge secouée de sanglots. Mais quand, tous les boutons étant tranchés, le pantalon tomba et qu’on découvrit la source d’infection, on s’aperçut, en effet, que l’odeur pouvait perdurer avec tant de véhémence. Le malheureux avait fait dans sa culotte et ses maigres fesses conchiées répandaient tout alentour un parfum pénétrant et épouvantable, tant que, généreux quand même, le général Lebrac renonça aux coups de verge vengeurs et renvoya son prisonnier comme les autres, sans plus de dépens, heureux, au fond, et jubilant de cette punition naturelle infligée, par sa couardise, au plus sale guerrier que les Velrans comptaient dans leurs rangs de peigne-culs et de foireux.


CHAPITRE III
LE FESTIN DANS LA FORÊT

Qu’on boute du vin en la tasse
Soumelier! Qu’on en verse tant
Qu’il se respande dans la place!
Qu’on mange, qu’on boive d’autant!