—Je sais ousqu’est la bonbonne de goutte à la chambre haute, fit Lebrac, si y a moyen d’en prendre un «maillet»[69], as pas peur, on en aura, mais du vin, bernique!

—Et puis, on n’a pas de verres.

—Faudra au moins avoir de l’eau dans quelque chose.

—Il y a des casseroles là-bas!

—C’est pas assez grand!

—Si on pouvait avoir un petit tonneau ou même un vieil arrosoir.

—Un arrosoir! il y a le vieux de l’école qu’est au fond du «collidor»; si on le chipait! il y a bien un trou au fond et il est plein de poussière, mais c’est pas une affaire, on bouchera le «poutiu»[70] avec une cheville et on récurera le fer-blanc avec du sable! ça y est-il?

—Oui, acquiesça Lebrac, c’est une bonne idée. A quatre heures ce soir, j’ suis de balayage, je le foutrai derrière le mur de la cour en venant vider le chenit[71]; le soir, à la nuit, je viendrai le prendre et j’irai le cacher en attendant dans la caverne du Tilleul: on le récurera demain.

Pour les achats voici comment il faudra faire: Moi, j’achèterai une plaque de chocolat, Grangibus une autre, Tintin la troisième, La Crique ira chercher les sardines, Boulot les bonbons et Gambette la réglisse. Personne ne pourra se douter de rien. On portera tout le fourbi à la cabane avec les pommes et les «patates» et tout ce qu’on pourra rabioter.

Ah! j’oubliais! Du sucre! Tâchez de chiper du sucre pour manger avec la goutte... si on en a. On fera des canards!