C’est facile à prendre, du sucre, quand la vieille tourne le pied.

Aucune de ces excellentes recommandations ne fut oubliée; chacun s’était chargé d’une tâche particulière et s’appliquait à la remplir consciencieusement. Aussi le jeudi après-midi, Lebrac, Camus, Tintin, La Crique et Grangibus, lesquels avaient pris les devants, reçurent-ils leurs camarades qui arrivaient l’un après l’autre ou par petites bandes avec des poches garnies et bourrées, mais bourrées à taper.

Eux, les chefs, avaient aussi des surprises à faire à leurs invités.

Un feu clair, dont la flamme montait à plus d’un mètre de haut, emplissait la cabane d’une clarté chaude et faisait chatoyer les couleurs violentes des gravures.

Sur la table rustique, où des journaux étendus remplaçaient la nappe, les provisions achetées, en bel ordre s’alignaient; et derrière, ô joie! ô triomphe! trois bouteilles pleines, trois bouteilles mystérieuses, dérobées à coup de génie par les Gibus et par Lebrac, dressaient leurs formes élégantes.

L’une renfermait de l’eau-de-vie, les deux autres du vin.

Sur une sorte de piédestal de pierre, l’arrosoir récuré, neuf, dont les cabossures brillaient, brandissait en avant son goulot poli qui déverserait une eau limpide et pure puisée à la source voisine; des tas de pommes de terre pétaient sous la cendre chaude.

Quelle belle journée!

Il avait été entendu qu’on partageait tout, chacun devant seulement garder son pain. Aussi, à côté des plaques de chocolat et de la boîte de sardines, une pile de morceaux de sucre monta bientôt que La Crique dénombra avec soin.

Il était impossible de faire tenir les pommes sur la table, il y en avait plus de trois doubles. On avait vraiment bien fait les choses, mais ici encore le général, avec sa bouteille de goutte, battait tous les records.