—«C’est vous qui n’êtes que des jeanfoutres; puisque vous avez trouvé la charogne, eh ben! c’est la vôtre, gardez-la, on vous la donne.»

—Salauds! interrompirent quelques auditeurs furieux de retrouver l’antique mauvaise foi des Velrans.

—Alors qu’est-ce qui s’est passé?

—Ce qui s’est passé, reprit La Crique. Eh bien voici:

«Les Longevernes sont revenus au pays; ils sont allés trouver tous les anciens et le curé et ceusses qui avaient du bien et qu’auraient fait comme qui dirait le Conseil Municipal d’aujourd’hui, et ils leur ont raconté ce qu’ils avaient vu et sentu» et ce qu’avaient dit les Velrans...

«Quand les femmes ont su ce qu’il y avait, elles ont commencé à chougner[75] et à gueuler; elles ont dit que tout était foutu et qu’on allait périr. Alors les vieux ont décidé de foutre le camp à Besançon que je crois, ou ailleurs, je sais pas trop au juste, trouver les grosses légumes, les juges et le gouverneur. Comme c’était pressant, toute la grande séquelle a rappliqué aussitôt, et ils ont fait venir à Chasalans les Longevernes et les Velrans pour qu’ils s’essepliquent.

«Les Velrans ont dit: Messeigneurs, la pâture n’est pas à nous, nous le jurons devant le Bon Dieu et la sainte Vierge qu’est notre sainte patronne à tertous; elle est aux Longevernes, c’est à eusses d’encrotter la bête.

«Les Longevernes ont dit: Sauf vot’ respect, Messeigneurs, c’est pas vrai, c’est des menteurs! à preuve c’est qu’ils la pâturent toute l’année et qu’ils font les coupes de bois.

«Là-dessus, les autres ont rejuré en crachant par terre que le terrain n’était pas à eux.

«Les gens de la haute étaient bien embêtés. Tout de même, comme ça ne sentait pas bon et qu’il fallait en finir, ils ont jugé sur place et ont dit: