«Puisque c’est comme ça, comme les Velrans jurent que la propriété ne leur appartient pas, les Longevernes encrotteront la bête... Alors les Velrans ont ri, passe que, vous savez, ce qu’elle empoisonnait la vache! et les beaux messieurs ils ne s’en approchaient que de loin... Mais, qu’ils ont ajouté, puisqu’ils l’encrotteront, la pâture et le bois seront acquis définitivement à Longeverne attendu que les Velrans n’en veulent pas.

«Alors, après ça, les Velrans ont ri jaune et ça les emm.... bêtait bien, mais ils avaient juré en crachant par terre, ils ne pouvaient pas se dédire devant le curé et les messieurs.

«Les gens de Longeverne ont tiré à la courte bûche qui c’est qu’encrotterait la vache et ceux-là ont eu double affouage de bois pendant les quatre coupes qu’on a faites! Seulement sitôt que la bête a été encrottée et qu’on n’a plus eu peur de la murie, les Velrans ont prétendu que le bois était toujours à eux et ils ne voulaient pas que les gens de Longeverne fassent les coupes.

«Ils traitaient nos vieux de voleurs et de relêche-murie, ces fainéants-là qu’avaient pas eu le courage d’enterrer leur pourriture.

«Ils ont fait un procès à Longeverne, un procès qu’a duré longtemps, longtemps, et ils ont dépensé des tas de sous; mais ils ont perdu à Baume, ils ont perdu à Besançon, ils ont perdu à Dijon, ils ont perdu à Paris: paraît qu’ils ont mis plus de cent ans à en définir.

«Et ça les «houkssait» salement de voir les Longevernes venir leur couper le bois à leur nez; à chaque coup ils les appelaient voleurs de bois; seulement, nos vieux qu’avaient des bonnes poignes ne se le laissaient pas dire deux fois: ils leur tombaient sur le râb’e et ils leur foutaient des peignées, des peignées! ah, quelles peignées!

«A toutes les foires de Vercel, de Baume, de Sancey, de Belleherbe, de Maîche, sitôt qu’ils avaient bu un petit coup, ils se reprenaient de gueule et pan! aïe donc! ils s’en foutaient, ils s’en foutaient jusqu’à ce que le sang coule comme vache qui pisse, et c’étaient pas des feignants, ceux-là, ils savaient cogner. Aussi, pendant deux cents ans, trois cents ans peut-être, jamais un Longeverne ne s’est marié avec une Velrans et jamais un Velrans n’est venu à la fête à Longeverne.

«Mais c’était le dimanche de la fête de la Paroisse qu’ils se retrouvaient régulièrement. Tout le monde y allait en bande, tous les hommes de Longeverne et tous ceux de Velrans.

«Ils faisaient d’abord le tour du pays pour prendre le vent, ensuite de quoi ils entraient dans les auberges et commençaient à boire pour se mettre en vibrance». Alors, dès qu’on voyait qu’ils commençaient à être saouls, tout le monde foutait le camp et se cachait. Ça ne manquait jamais.

«Les Longevernes allaient s’enfiler dans le «bouchon» où étaient les Velrans, ils mettaient bas leurs vestes et leurs «blaudes» et allez-y, ça commençait.