Etant aux cabinets avec Bacaillé, celui-ci lui avait d’essequeprès[80] traîtreusement pissé dessus, injure qu’il n’avait, comme de juste, pu tolérer; de là ce crépage de toisons et la série d’épithètes colorées qu’il avait envoyées avec une rafale de gifles à la face de son insulteur.

La chose, en réalité, était un peu plus compliquée.

Bacaillé et Camus, entrés dans le même cabinet pour y satisfaire le même besoin, avaient fait converger leurs jets vers l’orifice destiné à les recueillir. Une émulation naturelle avait jailli spontanément de cet acte simple devenu jeu... C’était Bacaillé qui avait affirmé sa supériorité: il cherchait rogne évidemment.

—Je vais plus loin que toi, avait-il fait remarquer.

—Ça n’est pas vrai, riposta Camus, fort de sa bonne foi et de l’expérience des faits. Et lors, tous deux, haussés sur la pointe des pieds, bombant le ventre comme un baril, s’étaient mutuellement efforcés à se surpasser.

Aucune preuve convaincante de la supériorité de l’un d’eux n’étant jaillie avec les jets de cette rivalité, Bacaillé, qui voulait avoir sa querelle, trouva autre chose.

—C’est la mienne qu’est la plus grande, affirma-t-il.

—Des néf’es! riposta Camus, c’est la mienne!

—Menteur! Mesurons.

Camus se prêta à l’examen. Et c’était au moment de la comparaison que Bacaillé, gardant en réserve une partie de ce qu’il aurait dû lâcher précédemment, compissa aigrement et traîtreusement la main et le pantalon de Camus, sans défense.