Lui apprendre quoi? Nul des grands ne savait encore.

Le père Simon arrivant en hâte, attiré par le bruit des gifles et les injures des deux belligérants, commença par les séparer de force et à les planter devant lui, un au bout de son bras droit, l’autre au bout de son bras gauche, puis, pour calmer toute velléité de révolte, à leur flanquer équitablement et à chacun une retenue; ensuite de quoi, assuré pour son compte, après ce coup de force, d’avoir la paix, il voulut bien connaître les causes de cette subite et violente querelle.

Une retenue à Camus! pensait Lebrac. Comme ça tombe bien! On a justement besoin de lui ce soir. Les Velrans vont venir et on ne sera pas de trop.

—J’ai toujours pensé, quant à moi, rappela Tintin, que ce sale bancal jouerait un vilain tour à Camus un jour ou l’autre. Mon vieux, au fond, c’est parce qu’il est jaloux de la Tavie et qu’elle se fout de sa fiole.

Depuis longtemps déjà il cherche à embêter Camus et à le faire punir. Je l’ai bien vu et La Crique aussi, y avait pas besoin d’être sorcier pour le remarquer.

—Mais pourquoi se sont-ils donc attrapés comme ça?

Un petit renseigna discrètement Lebrac et ses féaux.... Tous étaient d’ailleurs d’avance convaincus que, dans cette affaire, Camus avait raison; ils l’étaient d’autant plus que le lieutenant avait toute leur sympathie et qu’il était nécessaire à la bande ce soir-là; aussi, spontanément, songèrent-ils à tenter avec ensemble une manifestation en sa faveur et à prouver par leur témoignage que, en l’occurrence, Bacaillé avait tous les torts, tandis que son rival était innocent comme le cabri qui vient de naître.

Ainsi, le père Simon, forcé dans ses sentiments d’équité par cet assaut de témoignages et cette magnifique manifestation, se devrait, s’il ne voulait pas faire perdre toute confiance en lui à ses élèves et tuer dans l’œuf leur notion de la justice, d’acquitter Camus et de condamner le bancal.

Ce qui s’était passé était bien simple.

Camus devant tous le dit carrément, tout en omettant avec prudence certains détails préparatoires qui avaient peut-être leur importance.