—Tu sais que Tigibus a dégueulé tout le long du mur des Menelots, en s’en retournant.

—Ah! Guerreuillas aussi, il a sûrement tout recraché ses patates et son pain, pour quant aux sardines et au chocolat on ne sait pas.

—C’est les cigares!

—Ou bien la goutte!

—Tout de même quelle belle fête! faudra tâcher de recommencer le mois prochain.

Ainsi, dans le recoin du fond qu’abritait la grange du père Gugu, Lebrac, Grangibus, Tintin et Boulot continuaient à se congratuler et se féliciter et se louer de la façon admirable dont ils avaient passé leur après-midi du jeudi.

Ç’avait été vraiment très bien, puisqu’en s’en retournant ils étaient tous aux trois quarts saouls et qu’une bonne demi-douzaine s’étaient trouvés en proie à un chavirant mal de cœur qui les avait contraints à s’arrêter et s’asseoir n’importe où, sur un mur, sur une pierre, à terre, le cou tendu, la langue pâteuse, l’estomac en révolution.

On causait de ces joies perdurables et pures qui devaient hanter longtemps les mémoires vierges et sensibles, quand de grands cris de rage accompagnés de gifles sonores et suivis d’injures violentes attirèrent l’attention de tout le monde.

On se précipita vers le coin d’où venait le bruit.

Camus, de la main gauche tenant Bacaillé par la tignasse, le calottait de l’autre puissamment, tout en lui hurlant aux oreilles qu’il n’était qu’un sale sournois et un foutu salaud et il lui en fichait le gars, pour lui apprendre, disait-il, à ce cochon-là!