«Alors tout le monde a commencé par ramasser des cailloux, à couper des triques et on se les lançait à distance. Mais à force de s’exciter en gueulant, la rage les a pris et ils se sont tombés dessus à grands coups et ils se sont mis à taper avec tout ce qui leur tombait sous la main: pan, à coups de souliers! pan, à coups de livres de messe! les femmes piaillaient, les gosses hurlaient, les hommes juraient comme des chiffonniers: ah! vous voulez de la pluie, tas de cochons, on vous en foutra! et pan par ci et aïe donc par là...! les hommes n’avaient plus d’habits, les femmes avaient leurs jupes «ravalées», leurs caracos déchirés et le plus drôle c’est que les curés, qui ne se gobaient pas non plus, comme je vous l’ai dit, après s’être maudits l’un l’autre et menacés du tonnerre du diable, se sont mis à cogner eux aussi. Ils ont mis bas leurs surplis, troussé leurs soutanes et allez donc, comme de bons bougres, après s’être engueulés comme des artilleurs, beugnés à coups de pieds, lancé des cailloux, tiré les poils, quand ils n’ont plus su sur quoi tomber, ils se sont foutus leurs calices et leurs bons dieux par la gueule!»

Ça a dû être rudement bien, tout de même, songeait Lebrac, très ému.

—Et qui est-ce qui a eu raison auprès de la Notre-Dame? c’est-y les Velrans ou les Longevernes? Est-ce qu’ils ont eu le soleil ou bien la pluie?

—Pour s’en venir, acheva La Crique nonchalamment, ils ont tous eu la grêle!


CHAPITRE V
QUERELLES INTESTINES

Ce n’est que dans le sang qu’on lave un tel outrage.

CORNEILLE (le Cid, acte I, scène V).

C’était l’heure de l’entrée dans la cour de l’école, ce vendredi matin.

—Ce qu’on s’est bien amusé hier! tout de même.