Camus, comprenant bien le sens de cette exclamation, s’en remettant à la haute justice du maître, influencé déjà par les témoignages spontanés des camarades, s’écria noblement:

—M’sieu, je veux rien dire moi, mais demandez-leur z-y aux autres si c’est pas vrai que c’est lui qu’a commencé et que j’y avais rien fait et que j’y avais pas dit de noms.

Tour à tour Tintin, La Crique, Lebrac, les deux Gibus confirmèrent les dires de Camus et n’eurent pas assez de termes énergiques congruents pour flétrir l’acte malpropre et de mauvaise camaraderie de Bacaillé.

Pour se défendre, ce dernier les récusa, alléguant leur absence du lieu du conflit au moment où il éclatait; il insista même sur leur éloignement et leur isolement suspects dans un coin retiré de la cour.

—Demandez aux petits, alors, m’sieu, répliqua vertement Camus, demandez-leur z’y, eux ils étaient là, peut-être.

Les petits, individuellement interpellés, répondirent invariablement:

—C’est comme Camus dit, que c’est vrai. Bacaillé a dit des mentes[81].

—C’est pas vrai, c’est pas vrai, protesta l’accusé; c’est pas vrai et puisque c’est ça je veux dire tout, na!

Lebrac fut énergique et prit les devants.

Il se campa résolument devant lui, à la barbe du père Simon intrigué de ces petits mystères, et, fixant Bacaillé de ses yeux de loup, il lui rugit à la face, le défiant de toute sa personne: