—Dis-le donc un peu ce que tu as à dire, menteur, salaud, dégoûtant, dis-le, si tu n’es pas un lâche!
—Lebrac, interrompit le maître, si vous ne modérez pas vos expressions, je vous punirai vous aussi.
—Mais, m’sieu, répliqua le chef, vous le voyez bien que c’est un menteur; qu’il le dise si on lui a jamais fait du mal! Il cherche encore quelles menteries il pourrait bien inventer, cette sale cabe-là; quand il ne fait pas le mal, il le pense.
De fait, Bacaillé, médusé par les regards, les gestes, la voix et toute l’attitude du général, restait là muet et confondu.
Un court instant de réflexion lui permit de se rendre compte que ses aveux et dénonciations, même s’ils étaient pris au sérieux, ne pouvaient en définitive que faire corser sa punition, et, somme toute, il n’y tenait point.
Il jugea donc bon de changer d’attitude.
Portant les mains à ses yeux, il se mit à pleurnicher, à larmoyer, à sangloter, à parler en phrases entrecoupées, à se plaindre de ce que, parce qu’il était faible et infirme, les autres se moquaient de lui, lui cherchaient querelle, l’injuriaient, le pinçaient dans les coins et le bousculaient à chaque entrée et à toutes les sorties.
—Par exemple! Si c’est permis! rugissait Lebrac, autant dire qu’on est des sauvages, des assassins; dis donc, mais dis-le où et quand on t’a dit «quéque» chose de vesxant[82], quand c’est-y qu’on t’a empêché de jouer avec nous?
—C’est bon, conclut le père Simon édifié et pressé par l’heure, je verrai ce que j’ai à faire. Bacaillé, en attendant, aura sa retenue; quant à Camus, tout dépendra de la façon dont il se comportera pendant la classe d’aujourd’hui.
D’ailleurs, huit heures sonnent. Mettez-vous en rangs, vivement et en silence.