—Mais s’ils ont caché la culotte dans leur cabane?
—On verra bien après, c’est pas le moment de cancaner, et puis y aura toujours l’honneur de sauvé!
Et comme rien ne bougeait plus à la lisière ennemie, tous les guerriers valides de Longeverne, entraînés par le général, dévalèrent comme un ouragan la pente en remblai du coteau de la Saute, sautant les murgers et les buissons, trouant les haies, franchissant les fossés, vifs comme des lièvres, hérissés et furieux comme des sangliers.
Ils longèrent le mur d’enceinte du bois et toujours galopant en silence, en se rasant le plus possible, ils arrivèrent à la tranchée qui séparait les coupes des deux pays. Ils la remontèrent à la queue leu leu, vivement, sans bruit et, sur un signe du chef qui les fit passer devant et resta en queue, par petits paquets ou individuellement, se blottirent dans les massifs de buissons épais qui grandissaient entre les baliveaux de la coupe de Velrans.
Il était temps vraiment.
Des profondeurs du taillis une rumeur montait de cris, de rires et de piétinements; encore un peu et l’on distingua les voix.
—Hein, traînait Tatti, que je l’ai bien attrapé çui-là, il n’a rien pu. Qu’est-ce qu’il doit faire maintenant «avec sa culotte qu’il n’a plus»?
—Il pourra toujours faire la colbute[85] sans perdre ce qu’il a dans ses poches.
—On va la mettre au bout de la perche, ça y est-il? Est-elle prête, Touegueule, ta perche?
—Attends un peu, je suis en train de «siver» les nœuds pour ne pas me «grafigner» les mains, na! ça y est!