—Fait-il le «zig»! bon Dieu! pour une fois qu’il va à la foire, ce coco-là! Dirait-on pas qu’il descend de calèche et que son calandeau[86] est un pur sang?
Mais l’autre, d’un air de vengeance satisfaite et de profond dédain, continuait à ricaner en les regardant.
Au reste, ils ne pouvaient se comprendre.
Le lendemain, vu la quantité d’unités hors de combat, il était impossible de songer à se battre. D’ailleurs, les Velrans, eux, ne pourraient certainement pas venir! On se reposa donc, on se soigna, on se pansa avec des herbages simples ou compliqués chipés dans les vieilles boîtes à remèdes des mamans, au petit bonheur des trouvailles. Ainsi La Crique se faisait des lavages de camomille à la paupière et Tintin pansait son bras avec de la tisane de chiendent. Il jurait d’ailleurs que cela lui faisait beaucoup de bien. En médecine comme en religion il n’y a que la foi qui sauve.
Et puis on fit quelques parties de billes pour se changer un peu des distractions violentes de la veille.
Le samedi on ne devait pas plus que le vendredi se rendre au Gros Buisson. Pourtant Camus, Lebrac, Tintin et la Crique, que l’ennui taraudait, résolurent, non point d’aller chercher noise ou reconnaître l’ennemi, mais bien d’aller faire un petit tour à la cabane, la chère cabane qui abritait le trésor et où l’on était si tranquille et si bien pour faire la fête.
Ils ne confièrent à personne leur projet, pas même aux Gibus et à Gambette. A quatre heures, ils partirent chacun vers son domicile respectif et, un moment après, se retrouvèrent à la voie à Donzé pour gagner, à travers le bois du Teuré, l’emplacement de la forteresse.
Chemin faisant ils parlaient de la grande bataille du jeudi. Tintin, son bras en écharpe, et La Crique, un bandeau sur l’œil, deux des plus maltraités de la journée, revivaient avec délices les coups de pieds qu’ils avaient foutus et les coups de trique qu’ils avaient distribués avant de recevoir, l’un le poing de Touegueule dans l’œil, l’autre le bâton de Pissefroid sur le radius... ou le cubitus.
—Il a fait han! comme un bœuf qu’on assomme, disait Tintin en parlant de son grand ennemi Tatti, quand j’y ai foutu mon talon dans l’estomac; j’ai cru qu’il ne voulait pas reprendre son souffle: ça lui apprendra à me refiler ma culotte.
La Crique évoquait les dents cassées et les crachats rouges de Touegueule recevant son coup de tête sous la mâchoire et tout cela leur faisait oublier les petites souffrances de l’heure présente.