On était maintenant sous bois, dans le vieux chemin de défruit, rétréci d’année en année par les pousses vigoureuses du taillis envahissant qui obligeait à se courber ou à se baisser pour éviter la gifle sèche d’une ramille défeuillée.
Des corbeaux, qui rentraient en forêt à l’appel d’un vétéran, tournoyaient en croassant au-dessus de leur groupe...
—On dit que c’est des oiseaux qui portent malheur tout comme les chouettes qui chantent la nuit annoncent une mort dans la maison. Crois-tu que c’est vrai, toi, Lebrac? demanda Camus.
—Peuh, fit le général, c’est des histoires de vieille femme. S’il arrivait un malheur chaque fois qu’on voit un «cro», on ne pourrait plus vivre sur la terre; mon père dit toujours que ces corbeaux-là sont moins à craindre que ceusses qui n’ont point d’ailes. Faut toucher du fer quand on en voit un de ceux-là, pour détourner la malchance.
—C’est-il vrai qu’ils vivent cent ans ces bêtes-là? Je voudrais bien être que d’eux: ils voient du pays et ils ne vont pas en classe, envia Tintin.
—Mon vieux, reprit La Crique, pour savoir s’ils vivent si longtemps, et ça se peut bien, il faudrait être là et en marquer un au nid. Seulement quand on vient au monde on n’a pas toujours un corbeau sous la main et puis on n’y pense guère, tu sais, sans compter qu’il n’y a pas beaucoup de types qui viennent à cet âge-là.
—Parlez plus de ces bêtes-là, demanda Camus, moi je crois quand même que ça porte malheur.
—Faut pas être «superticieux», Camus. C’était bon pour les gens du vieux temps, maintenant on est civilisé, y a la science...
Et l’on continua à marcher, tandis que La Crique interrompait sa phrase et l’éloge des temps modernes pour éviter la caresse brusque d’une branche basse qu’avait déplacée le passage de Lebrac.
A la sortie de la forêt on obliqua vers la droite pour gagner les carrières.