Gambette, le cœur serré, immobile, écoutait.
C’étaient... oui, c’étaient bien les voix de ses amis: c’étaient les rugissements de Lebrac, les cris de putois de La Crique, les meuglements de Camus, les hurlements de Tintin, les piaillements de Boulot, les pleurs des autres et leurs grincements de dents: on les battait, on les rossait, on les étrillait, on les assommait!
Qu’est-ce que ça pouvait bien signifier?
Et il revint par derrière, à travers les vergers, n’osant repasser devant chez Léon, le buraliste, où quelques célibataires endurcis, fumant leur bouffarde, jugeaient des coups d’après les cris et discutaient avec ironie sur la vigueur comparée des poignes paternelles.
Il aperçut les deux Gibus, arrêtés, eux aussi, comme des lièvres qui écoutent la chasse, l’œil rond et les cheveux hérissés...
—Entends-tu? entendez-vous?
—Ils les éreintent! Pourquoi?
—Bacaillé!... fit Grangibus, c’est à cause de Bacaillé, je parierais! oui, il est rentré tout à l’heure au village, peut-être tel qu’on l’avait laissé, avec ses habits pleins de merde et il a dû recafarder!
—Peut-être qu’il a tout raconté, le salaud!
—Alors, nous aussi, quand les vieux le sauront, on va recevoir la danse!