—S’il n’a pas dit nos noms et qu’on en parle chez nous, on dira qu’on n’y était pas.

—Ecoute! écoute...

Une bordée de sanglots et de râles et de cris et d’injures et de menaces s’évadait de chaque maison, montait, se mêlait, emplissait la rue pour une effarante cacophonie, un sabbat infernal, un vrai concert de damnés.

Toute l’armée de Longeverne, du général au plus humble soldat, du plus grand au plus petit, du plus malin au moins dégourdi, tous recevaient la pile et les paternels y allaient sans retenir (la question d’argent ayant été évoquée), à grands coups de poings et de pieds, de souliers et de sabots, de martinets et de triques; et les mères s’en mêlaient elles aussi, farouches, impitoyables sur les questions de gros sous, tandis que les sœurs, navrées et un peu complices, pleuraient, se lamentaient et suppliaient qu’on ne tuât pas pour si peu leur pauvre petit frère.

La Marie Tintin voulut intervenir directement. Elle reçut de sa mère une paire de gifles lancées à toute volée avec cette menace:

—Toi, petite garce, mêle-toi de ce qui te regarde, et que j’entende dire encore par les voisines que tu fricotes avec ce jeune gouilland de Lebrac, je veux t’apprendre ce qui est de ton âge.

La Marie voulut lui répliquer: une nouvelle paire de claques du père lui en coupa l’envie et elle s’en fut pleurer silencieusement dans un coin.

Et Gambette et les Gibus, épouvantés, s’en furent aussi, chacun de leur côté, après avoir convenu que Grangibus irait en classe le lendemain matin pour avoir des renseignements sur ce qui s’était passé et qu’il accompagnerait le mardi Gambette à la Saute dans sa recherche de la cabane des Velrans pour lui raconter comment tout ça avait tourné.


CHAPITRE X
DERNIÈRES PAROLES