«Bacaillé oli avèque la fiaivre, sai dès manier. Hi la tout vandu lamaiche. Tout le monde a aité rocé. Défence de cosé ou bien nouvaile danse, sairman de pas recommencé, mais on çanfou, les Velrant repaieron tou. Rechaircher le tréssor quand même.»
Grangibus en savait assez. Il était inutile de s’exposer davantage.
L’après-midi même, il fripait la classe et filait rejoindre Gambette, tandis que son frère l’excusait auprès du maître en disant que Narcisse le domestique s’étant fait mal au bras, son frère le remplaçait momentanément au travail du moulin.
Le mardi et le mercredi furent, comme le lundi, des jours mornes et studieux. Les leçons étaient sues imperturbablement et les devoirs soignés, fignolés et parachevés.
On n’essaya pas d’enfreindre les ordres, c’était trop grave, on fit comme les chats, patte douce, on eut l’air soumis.
Tigibus, tous les jours, passait le même billet à Lebrac:
—Rien!
Le vendredi, la surveillance un peu se relâcha: ils étaient si sages et sans doute si bien corrigés, totalement guéris, et puis on apprit que Bacaillé s’était levé.
La crainte de la justice et des dommages-intérêts se dissipant avec la guérison du malade, les pères et les mères sentirent s’apaiser par degrés leur rancune et se montrèrent moins rogues. Mais on se garda à carreau tout de même dans le petit monde des gosses.
Le samedi, comme Bacaillé était sorti, la tension diminua encore; on leur permit de jouer dans la cour et ils purent, au cours des parties organisées, mêler aux expressions réglementaires du jeu quelques phrases relatives à leur situation, phrases brèves, prudentes et à double entente, car ils se sentaient épiés.