Mais il était inquiet. Ça l’embêtait, na! que lui, chef, ne fût pas là pour diriger la manœuvre en un jour plutôt difficile.
Camus le rassura et, après de brefs adieux, à quatre heures, fila, flanqué de ses guerriers, vers le terrain de combat.
Tout de même cette responsabilité nouvelle le rendait pensif, et, préoccupé d’on ne sait quoi, le cœur peut-être étreint de sombres pressentiments, il ne songea point à faire se dissimuler ses hommes avant d’arriver à leur retranchement du Gros Buisson.
Les Velrans, eux, étaient arrivés en avance. Surpris de ne rien voir, ils avaient chargé l’un d’eux, Touegueule[29], de grimper à son arbre pour se rendre compte de la situation.
Touegueule, de son foyard, vit la petite troupe qui s’avançait imprudemment dans le chemin, et une joie débordante et silencieuse, inondant tout son être, le fit se tortiller comme un goujon au bout d’une ligne.
Immédiatement il fit part à ses camarades de l’infériorité numérique de l’ennemi et de l’absence du grand Lebrac.
L’Aztec des Gués, qui ne demandait qu’à venger Migue la Lune, imagina aussitôt un plan d’attaque et il l’exposa.
On n’allait d’abord faire semblant de rien, se battre comme d’habitude, s’avancer, puis reculer, puis avancer de nouveau jusqu’à mi-chemin, et, après une feinte reculade, partir de nouveau tous ensemble, charger en masse, tomber en trombe sur le camp ennemi, cogner ceux qui résisteraient, faire prisonniers tous ceux qu’on attraperait et les ramener à la lisière, où ils subiraient le sort des vaincus.
Ainsi c’était bien compris, quand il pousserait son cri de guerre «La Murie vous crève!», tous s’élanceraient derrière lui, la trique au poing.
Touegueule était à peine redescendu de son foyard que l’organe perçant de Camus, du centre du Gros Buisson, lançait le défi d’usage: «A cul les Velrans!» et que la bataille s’engageait dans les formes ordinaires.