En tant que général, Camus aurait dû rester à terre et diriger ses troupes; mais l’habitude, la sacrée habitude de monter à l’arbre fit taire tous ses scrupules de commandant en chef, et il grimpa au chêne pour lancer de haut ses projectiles dans les rangs des adversaires.

Installé dans une fourche soigneusement choisie et aménagée, commodément assis, il prenait la ligne de mire en tendant l’élastique, le cuir juste au milieu de la fourche, les bandes de caoutchouc bien égales et lâchait le projectile qui partait en sifflant du côté de Velrans, déchiquetant des feuilles ou cognant un tronc en faisant toc.

Camus pensait qu’il en serait ce jour-là comme des jours précédents et ne se doutait mie que les autres tenteraient une attaque et pousseraient une charge puisque chaque engagement, depuis l’ouverture des hostilités, avait vu leur défaite ou leur reculade.

Tout alla bien pendant une demi-heure, et le sentiment du devoir accompli, le souci d’un emploi judicieux de ses cailloux le rassérénaient, lorsque, au cri de guerre de l’Aztec, il vit la horde des Velrans chargeant son armée avec une telle vitesse, une telle ardeur, une telle impétuosité, une telle certitude de victoire qu’il en demeura abasourdi sur sa branche sans pouvoir proférer un mot.

Ses guerriers, en entendant cette ruée formidable, en voyant ce brandissement d’épieux et de triques, effarés, démoralisés, trop peu nombreux, battirent en retraite aussitôt, et, prenant leurs jambes à leur cou, s’enfuirent, leurs talons battant les fesses, à toute allure, dans la direction de la carrière à Laugu, sans oser se retourner et croyant que toute l’armée ennemie leur arrivait dessus.

Malgré sa supériorité numérique, la colonne des Velrans, en arrivant au Gros Buisson, ralentit un peu son élan, craignant quelque projectile désespéré; mais, ne recevant rien, elle s’engagea bravement sous le couvert et se mit à fouiller le camp.

Hélas! on ne voyait rien, on ne trouvait personne, et l’Aztec grommelait déjà, quand il dénicha Camus blotti dans son arbre tel un écureuil surpris.

Il eut un ah! sonore de triomphe en l’apercevant et, tout en se félicitant intérieurement de ce que l’assaut n’eût pas été inutile, il somma immédiatement son prisonnier de descendre.

Camus, qui savait le sort qui l’attendait s’il abandonnait son asile et avait encore quelques cailloux en poche, répondit par le mot de Cambronne à cette injonction injurieuse. Déjà il fouillait les poches de son pantalon, quand l’Aztec, sans réitérer son invitation discourtoise, ordonna à ses hommes de lui «descendre cet oiseau-là» à coups de cailloux.

Avant qu’il eût bandé sa fronde, une grêle terrible lapida Camus qui croisa ses bras sur sa figure, les mains sur les yeux pour se protéger.