—On se retrouvera demain matin, près du lavoir, au second coup de la messe, fit-il d’une voix qu’il voulait rendre ferme, mais où perçait tout de même, dans une sorte de chevrotement, l’angoisse d’un avenir trouble, très incertain, ou plutôt trop certain.
—Oui, répondit-on simplement, et Camus le lapidé vint lui serrer les mains en silence, pendant que la petite troupe, très vite, s’égrenait par les sentiers et les chemins qui conduisaient chacun à son domicile respectif.
Quand Lebrac arriva à la maison de son père, près de la fontaine du haut, il vit la lampe à pétrole allumée dans la chambre du poêle et, par un entrebâillement de rideaux, il remarqua que sa famille était déjà en train de souper.
Il en frémit. Cette constatation coupait net ses dernières chances de ne pas être vu en la tenue plutôt débraillée dans laquelle il se trouvait par le plus fatal des destins.
Mais il réfléchit que, un peu plus tôt ou un peu plus tard, il fallait tout de même y passer et, résolu à tout recevoir, stoïquement, il leva le loquet de la cuisine, traversa la pièce et poussa la porte du poêle.
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Le père de Lebrac tenait d’autant plus à «l’estruction[34]» qu’il en était lui-même et totalement dépourvu; aussi exigeait-il de son rejeton, dès que revenait la saison d’écolage, une application à l’étude qui vraiment ne se trouvait pas être en raison directe des aptitudes intellectuelles de l’élève Lebrac. Il venait de temps à autre conférer de ce sujet avec le père Simon et lui recommandait avec insistance de ne pas manquer son garnement et de le tanner chaque fois qu’il le jugerait bon. Ce ne serait certes pas lui qui le soutiendrait comme certains parents nouillottes «qui savent pas y faire pour le bien de leurs enfants», et quand le gars aurait été puni en classe, lui, le père, redoublerait la dose à la maison.
Comme on le voit, le père de Lebrac avait en pédagogie des idées bien arrêtées et des principes très nets, et il les appliquait, sinon avec succès, du moins avec conviction.
Il avait justement, en abreuvant les bêtes, passé ce soir-là près du maître d’école qui fumait sa pipe sous les arcades de la maison commune, près de la fontaine du milieu, et il s’était enquis de la façon dont son fils se comportait.
Il avait naturellement appris que Lebrac jeune était resté en retenue jusqu’à quatre heures et demie, heure à laquelle il avait, sans broncher, récité la leçon qu’il n’avait pas sue le matin, ce qui prouvait bien que, quand il voulait... n’est-ce pas...