Tintin, dès son entrée dans la cour, lui transmit de nouveau, confidentiellement, les serments d’éternel amour de sa sœur et les offres plus terre à terre, mais non moins importantes, de réparation mobilière des vêtements le cas échéant.

Cela leur prit une demi-minute à peine et ils gagnèrent immédiatement le groupe principal où Grangibus pérorait avec volubilité, expliquant pour la septième fois comme quoi son frère et lui avaient failli, la veille au soir, tomber derechef dans l’embuscade des Velrans, qui ne s’en étaient pas tenus comme la première fois à des injures et à des cailloux lancés, mais avaient bel et bien voulu se saisir de leurs précieuses personnes et les immoler à leur insatiable vengeance.

Heureusement les Gibus n’étaient pas loin de la maison; ils avaient sifflé Turc, leur gros chien danois, qui était justement lâché ce jour-là (une veine!) et la venue du molosse qu’ils avaient «houkssé» aussitôt contre leurs ennemis, ses grondements, ses mines de s’élancer, ses crocs montrés derrière les babines rouges avaient mis prudemment en fuite la bande des Velrans.

Et dès lors, disait Grangibus, ils avaient demandé à Narcisse de détacher le chien tous les jours vers cinq heures et demie et de l’envoyer à leur rencontre pour qu’il pût, en cas de malheur, protéger leur rentrée à la maison.

—Les salauds! grommelait Lebrac, ah! les salauds! ils nous le paieront va! et cher!

C’était une belle journée d’automne: les nuages bas qui avaient protégé la terre de la gelée s’étaient évanouis avec l’aurore; il faisait tiède: les brouillards du ruisseau du Vernois semblaient se fondre dans les premiers rayons du soleil et derrière les buissons de la Saute, tout là-bas, la lisière ennemie hérissait dans la lumière les fûts jaunes et dégarnis par endroits de ses baliveaux et de ses futaies.

Un vrai beau jour pour se battre.

—Attendez un peu à ce soir, disait Lebrac, le sourire aux lèvres. Un vent de joie passait sur l’armée de Longeverne. Les moineaux et les pinsons pépiaient et sifflaient sur les tas de fagots et dans les pruniers des vergers; comme les oiseaux, eux aussi, ils chantaient; le soleil les égayait, les rendait confiants, oublieux et sereins. Les soucis de la veille et la raclée du général étaient déjà loin et on fit une épique partie de saute-mouton jusqu’à l’heure de l’entrée en classe.

Il y eut, au coup de sifflet du père Simon, une véritable suspension de joie, des plis soucieux sur les fronts, des marques d’amertume aux lèvres et du regret dans les yeux. Ah! la vie!...

—Sais-tu tes leçons, Lebrac? demanda confidentiellement La Crique.