—Heu! oui... pas trop! Tâche de me souffler si tu peux, hein! s’agirait pas ce soir de se faire coller comme samedi. J’ai bien appris le système métrique, j’ sais tous les poids par cœur: en fonte, en cuivre, à godets et les petites lames par-dessus le marché, mais j’ sais pas ce qu’il faut pour être électeur. Comme mon père a vu le père Simon, je vais sûrement pas y couper à une leçon ou à une autre! Pourvu que j’y saute en système métrique!
Le vœu de Lebrac fut exaucé, mais la chance qui le favorisa faillit bien, par contre-coup, être fatale à son cher Camus, et sans l’intervention aussi habile que discrète de La Crique, qui jouait des lèvres et des mains comme le plus pathétique des mimes, ça y était bien, Camus était bouclé pour le soir.
Le pauvre garçon, qui, on s’en souvient, avait déjà failli écoper les jours d’avant à propos du «citoyen», ignorait encore et totalement les conditions requises pour être électeur.
Il sut tout de même, grâce à la mimique de La Crique brandissant sa dextre en fourchette, les quatre doigts en l’air et le pouce caché, qu’il y en avait quatre.
Pour les déterminer, ce fut beaucoup plus dur.
Camus, simulant une amnésie momentanée et partielle, le front plissé, les doigts énervés, semblait profondément réfléchir et ne perdait pas de vue La Crique, le sauveur, qui s’ingéniait.
D’un coup d’œil expressif il désigna à son camarade la carte de France par Vidal-Lablache appendue au mur; mais Camus, peu au courant, se méprit à ce geste équivoque et au lieu de dire qu’il faut être Français, il répondit à l’ahurissement général qu’il fallait savoir «sa giografie».
Le père Simon lui demanda s’il devenait fou ou s’il se fichait du monde, tandis que La Crique, navré d’être si mal compris, haussait imperceptiblement les épaules en tournant la tête.
Camus se ressaisit. Une lueur brilla en lui et il dit:
—Il faut être du pays!