—Nom de Dieu de nom de Dieu! Comment que j’y ai pas songé? on n’a point de poche pour mettre les cailloux.

—Merde! c’est vrai! constata Tintin.

—Ce qu’on est bête, confessa La Crique. Il n’y a que les triques, c’est pas assez! Et il réfléchit une seconde...

—Prenons nos mouchoirs et mettons les cailloux dedans.

Quand il n’y aura pus rien à lancer, chacun roulera le sien autour de son poignet.

Bien que les mouchoirs ne fussent souvent que des morceaux hors d’usage de vieilles chemises de toile ou des débris de torchons, il se trouva une bonne demi-douzaine de combattants qui n’en étaient point pourvus, et ce, pour la simple raison que, leurs manches de blouses les remplaçant avantageusement à leur gré, ils ne tenaient point du tout, en sages qu’ils étaient, à s’encombrer de ces meubles inutiles.

Prévenant l’objection de ces jeunes philosophes, Lebrac leur désigna comme «musette à godons» leur casquette ou celle de leur voisin, et tout fut ainsi réglé au mieux des intérêts de la troupe.

—On y est? demanda-t-il ensuite... En avant, alorsse!

Et, lui en tête, Tintin le suivant, puis La Crique, puis les autres, au petit bonheur, tous, le bâton à la main droite, le mouchoir lié aux quatre coins et plein de cailloux à l’autre, ils avancèrent lentement, leurs formes fluettes ou rondouillardes, légèrement frissonnantes, se découpant en blanc sur la couleur sombre du défilé. En cinq minutes, ils furent au Gros Buisson.

Camus, juste à ce moment, engageait les hostilités et «ciblait» Migue La Lune à qui il voulait absolument, disait-il, casser la gueule.