Il était temps cependant que le gros des forces de Longeverne arrivât. Les Velrans prévenus par Touegueule, émule et rival de Camus, de la seule présence de quelques ennemis, et enfiévrés encore au souvenir de leur victoire de l’avant-veille, se préparaient à ne faire qu’une bouchée de ceux qui se trouvaient devant eux. Mais au moment précis où ils débouchaient de la forêt pour se former en colonne d’assaut, une gerbe écrasante de projectiles leur dégringola sur les épaules qui les fit tout de même réfléchir et émoussa leur enthousiasme.
Touegueule, qui était descendu pour prendre part à la curée, regrimpa sur son foyard pour voir si, d’aventure, des renforts n’étaient pas arrivés au Gros Buisson; mais il s’aperçut tout simplement que Camus était redescendu de son arbre et, la fronde bandée, se tenait près de Grangibus et de Gambette, ces derniers aussi sur la défensive. Rien de nouveau par conséquent. C’est que les guerriers de Longeverne, tout transis et grelottants, s’étaient coulés silencieusement derrière les fûts des arbres et sous les fourrés épais et ne bougeaient «ni pieds ni pattes».
—Ils vont recommencer l’assaut, prédit Lebrac à mi-voix; on a eu tort peut-être de lancer trop de cailloux tout à l’heure; pourvu qu’ils ne se doutent pas qu’on les attend.
—Attention! prenez vos godons, laissez-les venir tout près, alors je commanderai le feu et aussitôt la charge!
L’Aztec des Gués, rassuré par l’exploration de Touegueule, pensa que si les ennemis ne se montraient pas et faisaient ainsi que le samedi d’avant, c’était qu’ils se trouvaient, de même que ce jour-là, sans chef et en état d’infériorité numérique notoire. Il décida donc, immédiatement approuvé par les grands conseillers, enthousiastes encore au souvenir de la prise de Lebrac, qu’il serait bon aussi de piger Camus qui justement remontait sur son chêne.
Celui-là sûrement n’aurait pas le temps de fuir, il n’y couperait pas cette fois, il serait «chauffé» et y passerait tout comme Lebrac. Depuis longtemps déjà ses cailloux et ses billes faisaient trop de blessés dans leurs rangs, il était urgent vraiment de lui donner une bonne leçon et de lui rafler sa fronde.
Ils le laissèrent commodément s’installer.
Les dispositions de combat n’étaient pas longues à prendre pour ces escarmouches où la valeur personnelle et l’élan général décidaient le plus souvent de la victoire ou de la défaite; aussi, l’instant d’après, les bâtons follement tournoyant, poussant des ah! ahr! gutturaux et féroces, les Velrans, confiants en leur force, fondirent impétueusement sur le camp ennemi.
On aurait entendu voler une mouche au Gros Buisson de Longeverne: seule la fronde de Camus claquait, lançant ses projectiles...
Les gars nus, tapis, à genoux ou accroupis, frissonnant de froid sans oser se l’avouer, tenaient tous le caillou dans la main droite et la trique en la gauche.