Lebrac au centre, au pied du chêne de Camus, debout, le corps entièrement dissimulé par le fût du gros arbre, tendait en avant sa tête farouche, dardant sous ses sourcils froncés ses yeux fixes et flamboyants, le poing gauche nerveusement serrant son sabre de chef à garde de ficelle de fouet.

Il suivait le mouvement ennemi, les lèvres frémissantes, prêt à donner le signal.

Et tout d’un coup, se détendant comme un diable qui sort d’une boîte, tout son corps contracté bondit sur place, en même temps que sa gorge hurlait comme dans un accès de démence le commandement impétueux.

—Feu!

Un frondonnement courut comme un frisson.

La rafale de cailloux de l’armée de Longeverne frappa la troupe des Velrans en plein centre, cassant son élan, en même temps que la voix de Lebrac, beuglant rageusement et de tous ses poumons, reprenait:

—En avant! en avant! en avant, nom de Dieu!

Et telle une légion infernale et fantastique de gnomes subitement surgis de terre, tous les soldats de Lebrac, brandissant leurs épieux et leurs sabres et hurlant épouvantablement, tous, nus comme des vers, bondirent de leur repaire mystérieux et s’élancèrent d’un irrésistible élan sur la troupe des Velrans.

La surprise, l’effarement, la frousse, la panique passèrent successivement sur la bande de l’Aztec des Gués qui s’arrêta paralysée, puis, devant le danger imminent et qui grandissait de seconde en seconde, tourna bride d’un seul coup et plus vite encore qu’elle n’était venue, à enjambées doubles, affolée littéralement, fila vers sa lisière protectrice sans qu’un seul parmi les fuyards osât seulement tourner la tête.

Lebrac, en avant toujours, brandissait son sabre; ses grands bras nus gesticulaient; ses jambes nerveuses faisaient des bonds de deux mètres, et toute son armée, libre de toute entrave, heureuse de se réchauffer, accourant d’une folle allure, tâtait déjà de la pointe de ses épieux et de ses lances les côtes des ennemis qui arrivaient enfin à la grande tranchée. On allait en chauffer.