—Là-dessus on «s’a ensauvé», mon frère et moi, puisque nous n’étions pas en nombre, tandis qu’eusses, ils étaient au moins tienze[3] et qu’ils nous auraient sûrement foutu la pile.
—Ils vous ont traités de couilles molles! scanda le gros Camus, visiblement choqué, blessé et furieux de cette appellation qui les atteignait tous, car les deux Gibus, c’était sûr, n’avaient été attaqués et insultés que parce qu’ils appartenaient à la commune et à l’école de Longeverne.
—Voilà, reprit Grangibus, je vous dis maintenant, moi, que si nous ne sommes pas des andouilles, des jeanfoutres et des lâches, on leur z’y fera voir si on en est des couilles molles.
—D’abord, qu’est-ce que c’est t’y que ça, des couilles molles, fit Tintin?
La Crique réfléchissait.
—Couille molle!... Des couilles, on sait bien ce que c’est, pardine, puisque tout le monde en a, même le Miraut de Lisée, et qu’elles ressemblent à des marrons sans bogue, mais couille molle!.... couille molle!...
—Sûrement que ça veut dire qu’on est des pas grand-chose, coupa Tigibus, puisque hier soir, en rigolant avec Narcisse, not’ meunier, je l’ai appelé couille molle comme ça, pour voir, et mon père, que j’avais pas vu et qui passait justement, sans rien me dire, m’a foutu aussitôt une bonne paire de claques. Alors......
L’argument était péremptoire et chacun le sentit.
—Alors, bon Dieu! il n’y a pas à rebeuiller[4] plus longtemps, il n’y a qu’à se venger, na! conclut Lebrac...
—C’est t’y vot’idée, vous autres?