—Foutez le camp de là, hein, les chie-en-lit, fit Boulot aux petits qui s’approchaient pour écouter!

Ils approuvèrent le grand Lebrac à l’inanimité, comme on disait. A ce moment le père Simon apparut dans l’encadrement de la porte pour frapper dans ses mains et donner ainsi le signal de l’entrée en classe. Tous, dès qu’ils le virent, se précipitèrent avec impétuosité vers les cabinets, car on remettait toujours à la dernière minute le soin de vaquer aux besoins hygiéniques réglementaires et naturels.

Et les conspirateurs se mirent en rang silencieusement, l’air indifférent, comme si rien ne s’était passé et qu’ils n’eussent pris, l’instant d’avant, une grande et terrible décision.

Cela ne marcha pas très bien en classe, ce matin-là, et le maître dut crier fort pour contraindre ses élèves à l’attention. Non qu’ils fissent du potin, mais ils semblaient tous perdus dans un nuage et restaient absolument réfractaires à saisir l’intérêt que peut avoir pour de jeunes Français républicains l’historique du système métrique.

La définition du mètre, en particulier, leur paraissait horriblement compliquée: dix millionième partie du quart, de la moitié... du.... ah, merde! pensait le grand Lebrac.

Et se penchant vers son voisin et ami Tintin, il lui glissa confidentiellement:

—Eurêquart!

Le grand Lebrac voulait sans doute dire: Eurêka! Il avait vaguement entendu parler d’Archimède, qui s’était battu au temps jadis avec des lentilles.

La Crique lui avait laborieusement expliqué qu’il ne s’agissait pas de légumes, car Lebrac à la rigueur comprenait bien qu’on pût se battre avec des pois qu’on lance dans un fer de porte-plume creux, mais pas avec des lentilles.

—Et puis, disait-il, ça ne vaut pas les trognons de pommes ni les croûtes de pain.