Et ce disant, Zéphirin, après avoir souhaité aux gosses de bien s’amuser et d’être toujours sages, était entré boire sa petite «purée» chez Fricot.

—Il crevait de soif! continua La Crique; aussi elle n’a pas fait long feu, maintenant il sirote la seconde; j’ai laissé Chanchet et Pirouli là-bas pour le surveiller et venir nous prévenir au cas où il sortirait avant mon retour.

—Ça va très bien! conclut Lebrac, se déridant tout à fait. Maintenant quels sont ceusses qui peuvent rester encore un petit moment ici? Nous n’avons pas besoin d’être tous ensemble, au contraire!

Huit se décidèrent, les chefs naturellement.

Gambette, parmi eux, fut plus long à prendre une résolution, il habitait loin, lui! Mais Lebrac lui fit remarquer que les Gibus restaient bien et que, comme c’était lui le plus leste, on aurait sûrement besoin de son concours. Stoïque, il se rendit aux raisons de son chef, risquant la raclée paternelle si l’alibi ne prenait pas.

—Maintenant, vous autres, exposa Lebrac, c’est pas la peine de vous faire engueuler à la maison, allez-vous-en! on fera bien sans vous; demain on vous racontera comment que les choses se sont passées; ce soir, vous nous gêneriez plutôt, et dormez tranquilles, le vieux va nous payer ses dettes. Surtout, ajouta-t-il, écampillez-vous, ne restez pas en bande, on pourrait peut-être se douter de «quéque chose» et il ne faut pas de ça.

Quand la bande fut réduite à Lebrac, Camus, Tintin, La Crique, Boulot, les deux Gibus et Gambette, le chef exposa son plan.

Ils allaient tous, en silence, leurs cordes de véllie à la main traînant derrière eux, descendre la grande rue du village et les hommes désignés à cet effet se placeraient aux endroits voulus, entre deux fumiers se faisant face.

Deux groupes de deux gars suffiraient pour tendre, en travers de la route, au passage du garde, les rets traîtres qui le feraient trébucher, rouler à terre et passer pour plus saoul encore qu’il ne serait. Il y aurait quatre endroits où l’on tendrait les embuscades.

On descendit: au fumier de chez Jean-Baptiste on laissa un lien et un autre à celui de chez Groscoulas: Boulot et Tigibus devaient revenir au dernier, La Crique et Grangibus à l’avant-dernier. En attendant ils continuèrent tous à avancer et Boulot, chef d’embuscade, s’arrêta avec son camarade au fumier de chez Botot, tandis que La Crique, et son copain venaient se poster à celui de chez Doni.