Les autres allèrent relever de leur faction Chanchet et Pirouli qu’ils renvoyèrent d’abord et immédiatement dans leurs foyers. Ensuite de quoi, ils s’en furent, à travers les carreaux, reluquer ce que faisait le vieux.

Il en était à sa troisième absinthe et pérorait comme un député sur ses campagnes réelles ou imaginaires, imaginaires plutôt, car on l’entendait dire: «Oui, un jour que je m’en devais venir en permission depuis Alger à Marseille, j’arrive juste n.. d. D... que le bateau venait de partir.

«Qu’est-ce que je fais?—Y avait justement une bonne femme du pays qui lavait la buée[46] au bord de la mer. Je ne fais ni une ni deusse, j’y fous le nez dans un baquet, je renverse son cuveau, je saute dedans et avec ma crosse de fusil je rame dans le «suillage» du bateau et je suis arrivé quasiment avant lui à Marseille.»

On avait le temps! Gambette fut laissé en embuscade derrière un tas de fagots. Il devait, le moment venu, prévenir les deux groupes ainsi que Lebrac et ses acolytes de la sortie de Zéphirin.

En attendant, il put entendre le récit de la dernière entrevue de Bédouin avec son vieux copain «l’emperreur» Napoléon III.

—Oui, comme je passais à Paris, près des Tuileries, je m’ demandais si j’entrerais lui donner le bonjour, quand j’ sens quelqu’un qui me tape sur l’épaule. Je me retourne...

C’était lui!—Oh! ce sacré Zéphirin, qu’il a fait, comme ça se trouve! Entrons, on va boire la goutte!

—Génie[47], cria-t-il à l’impératrice, c’est Zéphirin; on va trinquer, rince deux verres!

Les trois gaillards, pendant ce temps, remontaient le village et arrivaient à la maison du garde.

Par une lucarne de la remise, Lebrac se glissa à l’intérieur, ouvrit à ses camarades une petite porte dérobée et tous trois, de couloir en couloir, pénétrèrent dans l’appartement de Bédouin où, un quart d’heure durant, ils se livrèrent à un mystérieux travail parmi les arrosoirs, les marmites, les lampes, le bidon de pétrole, les buffets, le lit et le poêle.