—J’ suis pourtant pas saoul! nom de Dieu! bégayait-il en portant la main à son front bossué et à son nez meurtri. J’ai presque rien bu. C’est la colère qui m’a monté à la tête! ah les salauds!

Il n’avait plus de genoux à son pantalon et il mit bien cinq minutes à trouver sa clef, ensevelie au fond de sa poche sous son ample mouchoir à carreaux, parmi son couteau, sa bourse, sa tabatière, sa pipe, sa blague et sa boîte d’allumettes.

Enfin il entra.

Les curieux qui le suivirent, au nombre desquels les huit moutards, constatèrent dès ses premiers pas un vacarme d’arrosoirs renversés. C’était prévu, ils les avaient disposés pour cela. Enfin, le vieux, s’étant frayé tout de même un passage, arriva au réduit creusé dans le mur où il logeait ses allumettes.

Il en frotta une sur son pantalon, sur la boîte, sur le tuyau du poêle, sur le mur: elle ne prit point; il en frotta une deuxième, puis une troisième, une quatrième, une cinquième, toujours sans résultat malgré les changements de frottoirs.

—Frotte, mon vieux! ricanait Camus qui les avait toutes trempées dans l’eau. Frotte! ça t’amusera.

Las de frotter en vain, Zéphirin en chercha une dans sa poche, la frotta, l’enflamma et voulut allumer sa lampe à pétrole; mais la mèche fut récalcitrante elle aussi et ne voulut jamais prendre.

Zéphirin par contre s’échauffait:

—Sacré nom de Dieu de nom de Dieu de saloperie de putasserie de vache! ah! nom de Dieu! tu ne veux pas prendre! ah! tu ne veux pas prendre, vraiment! ah oui, c’est comme ça, eh bien! tiens! nom de Dieu! prends celle-là, saleté, fit-il en la lançant de toutes ses forces contre son poêle, où elle se brisa avec fracas.

—Mais, il va foutre le feu à sa boîte, fit quelqu’un!