—Pas de danger, pensait Lebrac, qui avait remplacé le pétrole par un reste de vin blanc traînant au fond d’une bouteille.

Après cet exploit, le vieux, ambulant dans l’obscurité, heurta son poêle, renversa des chaises, donna du pied dans les arrosoirs, tituba parmi les marmites, beugla, jura, injuria tout le monde, tomba, se releva, sortit, rentra et finalement, fatigué et meurtri, se coucha tout habillé sur son lit où un voisin, le lendemain matin, alla le trouver, ronflant comme un tuyau d’orgue au milieu d’un magnifique désordre qui n’était pas pour autant un effet de l’art.

Peu de temps après, on entendait dire par le village, et Lebrac et les copains en riaient sous cape, que le père Bédouin était «si tellement» saoul la veille au soir, qu’il était tombé huit fois en sortant de chez Fricot, qu’il avait tout renversé en rentrant chez lui, cassé sa lampe, pissé au lit et ch.. dans sa marmite.


LIVRE II
DE L’ARGENT!

CHAPITRE PREMIER
LE TRÉSOR DE GUERRE

L’argent est le nerf de la guerre.

BISMARCK.

Les camarades, le lendemain, en se rendant à l’école, apprirent lambeau par lambeau l’histoire du père Zéphirin. Le village, tout entier en rumeur, commentait joyeusement les diverses phases de cette bachique équipée: seul le héros principal, ronflant d’un sommeil d’ivrogne, ignorait encore les dégâts commis dans son ménage et les coups de mine dont sa conduite de la veille avait sapé sa réputation.

Dans la cour de l’école, le groupe des grands, Lebrac au centre, se tordait de rire, chacun racontant très haut, pour que le maître entendît, tout ce qu’il savait des histoires scabreuses qui couraient les rues, et tous insistaient avec force sur les détails salaces et verts: la marmite et le lit. Ceux qui ne disaient rien riaient de toutes leurs dents et leurs yeux orgueilleux luisaient d’un feu vainqueur, car ils songeaient qu’ils avaient tous plus ou moins coopéré à ces équitables et dignes représailles.