—Ah! mais, sacré nom de Dieu! est-ce que vous ne pouvez pas faire un petit sacrifice à la Patrie! Seriez-vous des traîtres par hasard? Je propose moi, pour commencer et avoir tout de suite quelque chose, qu’on donne dès demain un sou par mois. Plus tard, si on est plus riches et si on fait des prisonniers, on ne mettra plus qu’un sou tous les deux mois.

—Mince, mon vieux, comme tu y vas! T’es donc «méllionnaire», toi? un sou par mois! c’est des sommes ça! Jamais je pourrai trouver un sou à donner tous les mois.

—Si chacun ne peut pas se dévouer un tout petit peu, c’est pas la peine de faire la guerre; vaut mieux avouer qu’on a de la purée de pommes de terre dans les veines et pas du sang rouge, du sang français, nom de Dieu! Etes-vous des Alboches? oui ou merde? Je comprends pas qu’on hésite à donner ce qu’on a pour assurer la victoire; moi je donnerai même deux ronds.... quand j’en aurai.

—.....

—Alors c’est entendu, on va voter.

Par trente-cinq voix contre dix, la proposition de Lebrac fut adoptée. Votèrent contre, naturellement, les dix qui n’avaient pas en leur possession le sou exigible.

—Pour ce qui est de vot’affaire, trancha Lebrac, j’y ai pensé aussi, on réglera ça à quatre heures à la carrière à Pepiot, à moins qu’on n’aille à celle ousqu’on était hier pour se déshabiller. Oui, on y sera mieux et plus tranquilles.

On mettra des sentinelles pour ne pas être surpris au cas où, par hasard, les Velrans viendraient quand même, mais je ne crois pas.

Allez, ça va bien! ce soir tout sera réglé!